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Par AAA

Vers un nouveau récit des territoires ?

L’Observatoire des Territoires a publié au mois d’avril dernier son rapport « Regard sur les territoires » pour porter à la connaissance du Ministère de la cohésion du territoire les dynamiques et les inégalités territoriales en France.
Ce 6ème rapport de l’Observatoire décrit et analyse la diversité des espaces français et de leurs trajectoires à différentes échelles et dépasse la lecture parfois réductrice d’un pays marqué par une « fracture territoriale » qui opposerait des « gagnants » à des « perdants », des « centres » à des « périphéries ».
En s’appuyant sur la grande diversité de l’espace géographique français, le rapport veut mieux appréhender la réalité nuancée des dynamiques territoriales et poser les jalons d’un nouveau récit des territoires.

Y a-t-il le risque d’une France « qui se vide » à rebours d’une France « qui sature » ?

Cela fait quelques années désormais que le constat est posé : la population française et l’emploi se concentrent de plus en plus dans les grandes agglomérations le long des façades atlantique et méditerranéenne et dans le sud-est du pays. Ces espaces se trouvent de plus en plus confrontés à des phénomènes de congestion et de tensions parfois prononcés. A l’inverse, des territoires peu denses, comme le Massif Central enregistrent des pertes répétées de population et d’emplois.
Ces écarts parfois très fortement marqués masquent pourtant une hétérogénéité locale de ces espaces « pouvant laisser penser que la poursuite de ces tendances n’est en rien inéluctable ».
A titre d’exemple, si la région capitale conserve une place singulière en terme d’attractivité (plus de 21% des emplois et 18% de la population du pays), l’écart avec les autres régions se réduit peu à peu. La croissance de l’emploi et celle de la population en Ile-de-France est désormais plus faible que dans toutes les régions de l’ouest et du Sud. En valeur absolue, la région capitale est même devancée par la région Occitanie qui a gagné 30 000 emplois de plus que l’Ile-de-France entre 2009 et 2014.
Par ailleurs, la région capitale affiche depuis les années 1990 le solde migratoire le plus négatif de France métropolitaine (-0,43% par an entre 2009 et 2014) même si elle reste la plus attractive pour certaines catégories de population (étudiants et jeunes adultes).
De fait ce sont les grandes agglomérations qui ont bénéficié de la part la plus importante de la croissance (44% des gains de population et 53% des gains d’emplois sont concentrés dans les aires urbaines de plus de 200000 habitants hors Paris entre 1999 et 2004). Parmi ces grandes agglomérations ce sont Nantes, Bordeaux, Toulouse et Montpellier qui sont les grandes gagnantes de cette croissance.
A l’intérieur de ces agglomérations les phénomènes de saturation s’accroissent. En corolaire les prix de l’immobilier ont tendance à flamber et les inégalités y deviennent plus fortes entrainant des problèmes de cohésion sociale et territoriale, la croissance économique n’étant pas toujours à même de fournir de l’emploi aux nouveaux arrivants.

carte dynamiques territoires france

 

A l’inverse, une autre partie du territoire français (Nord-Est et bande allant des Ardennes au sud Massif Central dramatiquement appelée la « diagonale du vide ») se trouve confrontée à un manque d’attractivité en partie lié à des difficultés économiques (déclin des emplois agricoles et industriels). Le rapport relève que « la problématique de la décroissance se pose avec acuité dans ces espaces où les villes petites et moyennes sont touchées par les effets cumulatifs du déclin » (population, emplois, vacance des logements, fermeture des services et commerces).
Le rapport pointe le caractère crucial de la prise en compte de ces espaces comme un « défi de premier plan pour la cohésion territoriale du pays
».

Les périphéries géographiques sont-elles des espaces oubliés ?

Il apparait qu’aujourd’hui les territoires les plus dynamiques sont les couronnes des grands pôles urbains. Plus loin dans l’espace autour de la grande agglomération figurent des territoires dits « multi polarisés » car sous l’influence de plusieurs grandes aires urbaines qui bénéficient aussi d’un grand dynamisme par synergie avec les pôles urbains et sont relativement homogènes.
La troisième strate en périphérie des grands espaces urbains sont les espaces peu denses et isolés qui ont parfois un sentiment d’abandon (raréfaction des services publics et médicaux, passage d’une économie agricole et industrielle à une économie majoritairement tertiarisée, …).
Ces espaces présentent toutefois une grande diversité de situations : revenus médian supérieur à la moyenne nationale dans les régions de vignoble ou de villégiature, explosion du parc de résidences secondaires, reprise de l’emploi dans certains espaces, …
Le rapport relève que les espaces peu denses possèdent des atouts liés à leur éloignement des pôles urbains : prix du foncier et du logement attractif, autonomie du marché de l’emploi, déplacements domicile-travail plus courts, …. Et cet équilibre a tendance à baisser à mesure que s’étend l’influence des grands pôles. « L’importance croissante accordée à la qualité de vie, l’impératif de la transition énergétique et le développement des circuits courts dans l’alimentation sont autant d’opportunités de développement pour les espaces peu denses ».
Un autre phénomène est désormais identifié de « périphérisation » des centres villes dévitalisés. En effet la paupérisation des populations, la fermeture des commerces et la vacance des logements affectent de plus en plus de centres urbains de villes petites et moyennes. Alors que le regard se porte plus facilement sur les banlieues des grandes agglomérations, on constate de plus en plus aujourd’hui la prégnance de la grande pauvreté dans beaucoup de ces territoires urbains. 
La grande diversité des situations des territoires observés contredit finalement l’opposition caricaturale entre des « gagnants » et des « perdants ». « Certains des espaces les plus attractifs aujourd’hui souffrent de maux qui peuvent nuire à un développement pérenne alors que de nombreux espaces peu denses ont, quant à eux, de précieux atouts à l’heure de la transition écologique ».
L’Aveyron, avec ses nombreux atouts, se doit de se mobiliser pour faire face à ces enjeux déterminants pour son l’avenir.